Dans le cadre de cette rubrique, nous aborderons les questions spécifiques à la vie des personnes albinos, par le biais de témoignages, éventuellement dinterviews. Nous solliciterons bien sûr en priorité, les personnes directement concernées, les parents et leurs enfants, les adultes albinos. Nous pourrons aussi donner la parole à des professionnels (médecins, spécialistes de la basse vision, éducateurs et enseignants ).
Pour ce premier numéro, Madame JOUANNE (responsable de lantenne de Tours) et maman de trois enfants albinos nous fait part de son expérience et de son point de vue sur lopération du « nystagmus ». Cette affection ophtalmologique qui se caractérise par un mouvement incontrôlé et saccadé de lil est, en principe, toujours associée à lalbinisme. Les enfants de Béatrice JOUANNE, ont subi tous trois lopération du nystagmus.
Dans un second volet de cette rubrique, Madame Barabara LANCE (responsable de lantenne du sud-est au Rouret), nous présente le système optique des prismes » et nous donne son avis. Son petit garçon porte maintenant des lunettes avec prismes à la maison.
Nous souhaitons attirer votre attention sur le fait que la vocation de cette rubrique nest pas dapporter des solutions qui puissent convenir à tous. Nous vous informerons ici sur les possibilités qui sont à votre disposition ; en effet les affections ophtalmologiques des personnes albinos, même si elles présentent des similitudes, peuvent être très diverses. Prenez donc tout dabord conseil auprès de spécialistes (ophtalmologistes et opticiens basse vision....). Chacun choisira ensuite, la solution la plus adaptée à sa situation personnelle ou à celle de son enfant. Nhésitez pas à nous contacter, si vous avez besoin dadresses de spécialistes dans votre région. Nous pourrons peut-être vous aider.
Nous tenons à remercier Mesdames Béatrice JOUANNE et ses enfants, Barbara LANCE et son fils, pour leurs témoignages précieux.

Témoignage de madame JOUANNE, mère de trois enfants atteints dalbinisme
Marie est née en septembre 1979. A la naissance son albinisme na pas été détecté ; nous avions une belle petite fille très blonde aux yeux bleus. Cest lors de sa première visite chez le pédiatre, vers un mois, que celui-ci a découvert quelle avait un nystagmus. Lophtalmologiste à qui nous avons été immédiatement envoyés posa le diagnostique : albinisme. Notre pédiatre, fin psychologue, se déchargea sur nous de son ignorance et de son angoisse en nous disant : « considérez votre fille comme non voyante ». Je ne vous raconterai pas les différentes étapes du parcours médical qui nous amena, alors que Marie avait environ neuf mois, à une réponse moins traumatisante pour ses parents : « Il ny a aucun cas de cécité dû à lalbinisme ». Entre temps un strabisme alternant était apparu chez notre fille et vers un an, nous avions enfin rendez-vous avec un ophtalmologiste spécialisé dans les enfants amblyopes. A partir de ce moment, Marie fortement hypermétrope, a porté des lunettes avec secteur pour corriger le strabisme.
Novembre 1981, naissance de Florian, beau bébé très blond aux yeux bleus. A un mois apparition du nystagmus. Visite rapide chez notre ophtalmologiste ; pas de strabisme, pas de défaut majeur de vision, des lunettes teintées suffiront. Florian portera des lunettes correctrices ultérieurement.
Septembre 1983, naissance dAntoine, encore un beau bébé très blond aux yeux bleus. Sans surprise, à un mois, apparition du nystagmus. Même visite chez le même ophtalmologiste, pas de strabisme, même causes, même conséquences que pour Florian. Cest à cinq ans seulement quAntoine portera des lunettes correctrices.
Les années passent et les visites annuelles chez lophtalmologiste parisien font partie de la vie de notre petite tribu. Marie a environ dix ans quand on nous propose une rééducation visuelle par la méthode des post-images. Un mois intensif en juillet à Paris pour peut-être un dixième supplémentaire. Même chose un an plus tard pour Florian. Tout cela nest pas très concluant. On nous parle de possibilité dopération.
Début 1991 nous recevons une lettre de notre ophtalmologiste qui nous annonce quelle prend sa retraite, nous envoie le dossier médical de nos enfants et nous conseille de contacter Madame Spielmann à Nancy qui est spécialiste de lopération du nystagmus.
Nous décidons daller la voir avec Florian qui a un torticolis ophtalmique dû à une position de blocage la tête penchée en biais, ce qui lui donne un air de regarder les gens par en-dessous. Nous décidons alors de le faire opérer ce qui est réalisé fin 1991.
Le réveil et les trois jours qui suivent sont assez douloureux. Du point de vue torticolis lopération est un succès : Madame Spielmann a ramené la position de blocage de Florian dans laxe des yeux. Il nous regarde maintenant la tête bien droite. Du point de vue visuel il y a peut être un léger gain, mais cest surtout au niveau du confort visuel et particulièrement pour la lecture quil y a un progrès.
Nous décidons alors de faire opérer Marie qui, en plus du nystagmus, a toujours un strabisme alternant et une position de blocage avec les yeux qui regardent au-dessus des lunettes. Les suites opératoires sont aussi douloureuses mais pour elle aussi lopération est un succès. Après lopération, Marie a suivi une rééducation de la vision binoculaire et partant de 0, elle a progressé jusquà 45° de convergence la norme étant de 90°.
Un an plus tard nous avons fait opérer Antoine
Si je fais le bilan de ces trois opérations, je peux dire que pour Marie et Florian le bénéfice est net même si en terme de dixième il y a peu de différence :
Florian a la tête bien droite et les yeux bien en face. La fatigue liée au torticolis a complément disparu, et socialement son regard est totalement normal.
Marie ne louche plus que quand elle est fatiguée ; ce défaut nest plus perceptible par son entourage. Cela lui a évité les moqueries et les réflexions désagréables.
Pour Antoine nous sommes plus mitigés ; comme au départ les problèmes à corriger étaient moins nets, les bénéfices de lopération ne sont pas évidents. De plus ayant été opéré le plus jeune il garde peut-être moins de souvenirs visuels de la période précédant lopération.
En conclusion je pense que cette opération est utile physiquement et socialement dans les cas de torticolis et de strabisme.
Béatrice JOUANNE
Quest ce quun
prisme ?
Que signifie ce mot ? En fait cest une « technique » : on incorpore un prisme dans un verre optique en décentrant le verre par rapport au centrage pupillaire, ce qui entraîne une déviation des rayons lumineux. Lincorporation de prisme au verre optique induit des différences dépaisseur au bord dun même verre, liée à la valeur du prisme et son orientation.
En cas de nystagnus, pour dune part tenter de le diminuer et dautre part rétablir un port de tête.
Ils peuvent être employés aussi juste pour permettre aux yeux de superposer deux images, dans le cas par exemple de strabisme.
Bien sur leffet dépend de la prescription mais dans tous les cas ils doivent apporter un certain confort.
A qui sadressent ils ?
Aux grands comme aux petits sur prescription dun ophtalmologiste il suffit ensuite daller chez son opticien
Dans le cas de forte correction, comme cela savère être souvent le cas pour les personnes atteintes dalbinisme, lincorporation de prismes dans les verres entraîne une épaisseur supplémentaire non négligeable, par exemple on peut facilement arriver, en utilisant toutes les techniques pour réduire le verre au maximum, à des 8mm dépaisseur par verre, ce qui est énorme surtout pour les enfants.
Les astuces
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Malheureusement il ny en a pas de miraculeuse, néanmoins on peut tenter de réduire légèrement cette épaisseur en utilisant des matériaux organiques à haut indice, ce qui dans notre cas, donne quand même une épaisseur de 8mm.
Lautre solution consiste à utiliser des prismes de Fresnel à coller sur la partie intérieure du verre, cest en matière plastique avec des rayures, cette solution a le mérite dêtre plus légère que la précédente quoique pas forcément pratique pour des enfants car ils ont tendance à se décoller et ne sont pas pratiques à nettoyer.
Le coût
400,00 Frs pour des prismes de Fresnel et daprès mes renseignements le coût et le même quelque soit le prisme ; aucun remboursement de la part de la sécurité sociale.
Pour les prismes directement incorporés dans le verre (sans spécificités particulières) cela peut induire un surcoût denviron 130F par verre, ce montant peut bien sur varier en fonction des opticiens mais cest une base.
Mon avis
Cette technique, quand elle fonctionne, fait dune part « travailler » les yeux et dautre part modifie les positions de blocage, je ne suis pas sûre quelle apporte véritablement un confort (dailleurs mon fils a du mal à les supporter).En fait cela ne fonctionne pas forcément et dans la mesure où elle napporte ni amélioration, ni confort, il vaut mieux labandonner. Dans un premier temps, jai opté pour les prismes de Fresnel à la maison et les lunettes normales à lécole ; dans un second temps, le résultat nétant pas probant, si ce nest une grande gêne, nous avons abandonné le système.
Je voudrais rajouter quil est à mon sens primordial de suivre son instinct, quitte à « désobéir » aux instances médicales, qui si elles ont le savoir technique, ont tendance à occulter le côté humain et pratique, et de ce fait peuvent passer à côté de bien des choses !
Barbara Lance